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29 août 2011

Allo maman bobos

C’est toujours un peu frustrant de ne pas réussir à aimer complètement un film pour lequel on avait envie d’aimer jusqu’aux acteurs qu’on n’aime habituellement pas trop. Curieusement, Les Chansons d’Amour n’est pas le premier film que j’ai vu de Christophe Honoré. J’avais regardé, un soir sur Arte, Ma mère. Il faut vraiment s’ennuyer profondément chez soi un soir d’automne pour laisser la télé allumée sur Arte, alors que la chaîne franco-allemande diffuse un film sur l’inceste. Parce que c’est essentiellement ce que j’ai retenu de Ma mère. Louis Garrel couche avec Isabelle Huppert, sa mère. Mais j’ai tenu, et j’ai aimé.

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Et puis j’ai eu la curiosité de visionner Dans Paris, qui a m’a rappelé que j’aimais bien Romain Duris. Au début, j’aimais bien Romain Duris uniquement parce qu’il s’appelle Romain. Film après film, je l’aime d’autant plus qu’il a quelque chose d’indéfinissable qui fait que je l’aime bien, sans pour autant l’adorer.

Et j’ai vu Les Chansons d’Amour. A la fin du film, j’avais un sourire niais. Que j’ai gardé quelques minutes après. Ces comédiens – même Louis Garrel – je les ai aimés. Ces chansons, évidemment. Ce Paris-là aussi. Tout. Suivirent La belle personne et Non ma fille tu n’iras pas danser. Il fallait se rendre à l’évidence : Christophe Honoré fait des films bobos… que j’aime. Alors bien sûr, au Conservatoire de C., j’ai côtoyé des bobos de province. En écoutant certains textes de Vincent Delerm, j’ai bien conscience qu’ils me plaisent. J’ai habité dans un quartier bobo à Paris durant quelques mois et je m’y suis plu. La seule chanson de Renaud que j’aime s’intitule Les bobos. Mais tout cela en rien ne fait de moi un bobo, que ce soit clair.

J’ai donc logiquement écouté une dizaine de fois la BO des Bien-Aimés cet été. La légèreté des mélodies aiguisait de jour en jour mon excitation. Ma joie s’est ramollie au fur et à mesure que les minutes du film défilaient. Yann Barthès a peut-être adoré, mais je ne suis pas Yann Barthès. Je ne fume pas. Attention, je n’ai pas dit que ma joie s’est dégonflée. J’ai employé « ramollie » pour dire que ma déception a été grande, mais pas au point d’anéantir mon plaisir. C’est juste que Les Bien-Aimés n’a pas été à la hauteur de mes espérances.

Premier point négatif : la durée. Comme c’est long ! Bien sûr, il fallait étirer la pellicule un max pour faire rentrer toutes les chansons bobos d’Alex Beaupain, mais tout de même. J’ai en tendance à m’ennuyer, notamment pendant les longs dialogues où apparaît Chiara Mastroianni. J’ai même failli regarder l’heure sur mon portable, mais non, j’ai résisté. Les tracas des bobos, qu’ils soient de Paris, Londres ou même de Reims – d’ailleurs, à Reims, personne n’y va ! – sont d’autant moins passionnants qu’ils sont décortiqués et étalés à l’envi sur des mélodies branchouilles.

Second point négatif : le jeu des acteurs. De tous les acteurs des Bien-Aimés, je trouve que c’est Michel Delpech qui joue le mieux. Ludivine Sagnier a perdu de sa fraîcheur et se prend trop la tête. Chiara Mastroianni joue faux et c’est dommage quand on est le personnage principal (ou quasi). Louis Garrel est carrément à côté de la plaque quand il s’énerve après la (rigolote) scène de cunnilingus dans les waters pour messieurs. Catherine Deneuve est coincée égale à elle-même. Et puis Christophe Honoré aurait peut-être dû choisir un acteur tchèque un peu moins bien bâti et séduisant que Rasha Bukvic s’il avait derrière la tête l’idée d’engager Miloš Forman pour interpréter ledit acteur tchèque vieux.

Bon à part ça, je préfère quand même ce genre de films à des films de bourrins, hein. Finalement, je suis peut-être plus bobo que bourrin.

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(Photos chopées sur allocine.fr)

27 févr. 2011

Toi + moi + eux

C’est vrai que je ne parle pas beaucoup de cinéma sur ces Archives. Beaucoup de blogues remplissent leurs pages et leurs lignes d’avis sur les films qu’ils ont vus récemment. Mais moi, je n’ai souvent pas grand-chose à dire sur les films que je vois au cinéma. Je suis un mauvais critique. Et puis j’ai souvent des goûts discutables, ce que va confirmer la critique qui va suivre, même si le mot « critique » n’est pas le plus adapté. En fait j’aime bien commenter les films qui parlent de chanteurs, ou parler des films musicaux.

Dans Toi, moi, les autres, Gabriel (Benjamin Siksou) se marie dans deux semaines avec Alex (Cécile Cassel). C’est un fils à papa qui joue au poker, qui y perd probablement de l’argent, mais qui s’en fout puisque, de toute façon, Papa gagne beaucoup de sous grâce à son métier de préfet de police. Un matin, alors que Gabriel rentre en (grosse) voiture d’une soirée arrosée, il renverse un jeune garçon d’une dizaine d’années (Emir Seghir). Rien de bien de grave, mais assez pour mettre sa grande sœur Leïla (Leïla Bekhti), qui accompagnait son frère, hors d’elle. Dès la seconde où il la voit, Gabriel tombe amoureux de Leïla, jeune étudiante en droit, d’origine maghrébine, à l’opposé de sa caste sociale. Entre eux deux, mis à part l’amour, on trouve deux familles très différentes, une amie proche de Leïla renvoyée au Sénégal par la France, une future mariée jalouse, la police, une Chantal Lauby parfaite et des chansons. Plein de chansons. C’est donc l’occasion pour moi de parler de ce film au scénario gentillet, mais sauvé par les neuf chansons qui le ponctuent (excepté Laisse pas trainer ton fils qui ne fait l’objet que d’une seule réplique, parlée). Et c’est aussi l’occasion de refaire un Top Nine, pour la première fois depuis… pfiou… au moins quatre ans !

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Leïla Bekhti et Benjamin Siksou

N°9 – Quand on n’a que l’amour (Jacques Brel) – C’est la pire chanson du film, la moins bien adaptée et la plus mal interprétée. Elle arrive à la fin du film et se veut pathos à souhait. Alors que Tina et sa fille sont expulsées de France et sont installées dans le charter, Gabriel et Leïla, et les autres, se mettent à chanter la chanson de Brel, debout dans l’avion. Du coup, le commandant de bord baisse les bras et Tina et sa fille ne sont plus renvoyées. Je sais, je vous ai spoilé la fin, mais l'happy end est tellement improbable de naïveté qu’elle m’a un peu gâché la chanson.

N°8 – Un autre monde (Téléphone) – Là, cette huitième place est surtout due à la chanson elle-même, que je supporte de moins en moins. Tina est en prison et attend qu’on l’expulse au Sénégal. Alors, elle rêve d’un autre monde (avec une voix suave, douce et agréable) et d’une Terre moins terre-à-terre. Et dans la cellule d’à-côté, les gens font les chœurs, déguisés en sorcières et vieux clochards. Assez caricatural.

N°7 – La bonne étoile (M) – Gabriel commence cette chanson dans l’escalier de son immeuble, en emmenant Leïla sur le toit. Et juste avant le refrain de la chanson, une discussion commence entre les deux protagonistes, alors qu’ils sont assis sur le toit (comme c’est ridiculeomantique…). Et, alors que Gabriel veut combler un blanc dans la conversation et se sent sans doute con devant Leïla, il se rappelle qu’il a oublié de finir la chanson commencée dans l’escalier, et entame le refrain en chantant très fort, ce qui aurait très bien pu réveiller tout l’immeuble. Et tels des tourtereaux insouciants et candides, ils dansent sur ce toit de Paris, en pleine nuit, à la belle étoile. L’art de rendre une chanson de M kitsch : j’aime bien.

N°6 – Tout le monde (Zazie) – Pour les amis de Leïla, Gabriel a certainement une carte UMP collée sur le front (alors qu’en fait, non, il s’assoit juste sur des bancs où des autocollants « Jeunes royalistes » sont collés). Cinq ou six wesh-wesh se mettent donc à lui dire au creux de l’oreille des prénoms étrangers. Puis tout le salon de coiffure de Tina se met à chanter des prénoms, jusqu’à la chorégraphie énergique sur Tout le monde il est beauuuuu. Dans les films musicaux, j’adore quand, d’un seul coup, les chorégraphies s’organisent dans un lieu inadapté, comme si tout le monde se prenait pour Sofia Essaïdi ou M Pokora.

N°5 – Le temps de l’amour (Françoise Hardy) – Déjà, j’aime cette chanson, son rythme et sa mélancolie. C’est l’insouciance de la jeunesse qui parle. C’est à ce moment, en fait, que Leïla tombe amoureuse de Gabriel, alors qu’ils ne la chantent pas ensemble. Leïla est avec Tina ; Gabriel est avec Alexandra et ses parents. La mère de Gabriel (Chantal Lauby) chantonne même, et c’est très sympathique. Ce passage du film est très fleur bleue, un peu cucul même, mais il donne envie d’être amoureux.

N°4 – Sauver l’amour (Daniel Balavoine) – La chanson est très ralentie et est chantée par un enfant. Le frère de Leïla chante juste et avec une jolie sensibilité. Il est seul et se sent triste et impuissant face au départ de la fille de Tina, de qui il est secrètement amoureux.

N°3 – Pour un flirt (Michel Delpech) – C’est la première chanson du film. Gabriel et Leïla se connaissent à peine et attendent le frère de la jeune demoiselle, assis l’un en face de l’autre dans la salle d’attente de l’hôpital. Il faut se rappeler que Gabriel a encore 2 grammes d’alcool dans le sang et que le coup de foudre l’a frappé quelques minutes auparavant. On sent à ses yeux et sa bouche qu’il a terriblement envie de sauter Leïla et se met à chanter du Michel Delpech, pour un petit tour, au petit jour, entre ses draps, sans aucune pudeur ni honte à l’hôpital, devant tout le monde. Normal, quoi. Les infirmières dansent en patins à roulettes roses et les la la la la la la la la la la du refrain sont remplacés par des la Leïla la Leïla la Leïla la. Délicieux.

N°2 – J’attendrai (Claude François) – Cette chanson-là, c’est définitivement celle de la femme bafouée, trompée, mais qui se la pète un peu trop quand même. Eh oui, Gabriel doit épouser Alex dans peu de temps. Alors que Gabriel s’adonne à son loisir favori, le poker, Alex fait la paonne et déclame son amour en lui assurant qu’elle sera patiente et l’attendra longtemps s’il le faut. Ces paroles chantées sont accompagnées d’une danse énergique et aguicheuse, avec danseurs et danseuses pour théâtraliser le tout. Très agréable.

N°1 – Et si tu n’existais pas (Joe Dassin) – C’est ma chanson préférée du film. C’est aussi l’une de mes préférées de Joe Dassin. (Et aussi de Willy Denzey.) Tous les danseurs sont dans la rue, et se dandinent façon Bollywood. La chorégraphie est très efficace. Et ce qui est très fort, c’est qu’on ressent toute l’émotion et la signification des paroles malgré la rapidité du rythme.

On aurait très bien pu voir les seins de Leïla Bekhti, le torse nu de Benjamin Siksou ou les jambes de Cécile Cassel, mais non. Toi, moi, les autres ne contient aucune scène de sexe inutile comme on en voit désormais souvent dans les films et c'est très bien.

(Photo chopée sur Allociné)

11 févr. 2011

Coupé court

Arthur est dans son lit. Il est réveillé par la dame de la radio qui annonce les programmes de la soirée à la télé. Arthur est en retard. Il jette sa couette comme on jette un froid, enfile un jean et met un pull. Puis il court dans les rues de Paris pour arriver à l’heure à son travail. Il est tailleur dans la boutique d’un vieux monsieur qui veut bientôt lui laisser la petite entreprise.

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(Bon, en fait, avant de partir, Arthur (Arthur Igual) prend le temps de rêvasser torse nu sur son balcon)

Cela aurait pu être enfin le film plaisant que je n’osais plus espérer après trois séances de cinéma. Ce n’est pas comme quand je vais au cinéma pour voir un film qui, a priori, me plaît, parce que j’ai lu l’histoire ou parce que j’ai vu la bande-annonce ou parce que j’aime bien le réalisateur et/ou les comédiens. Ici, on choisit les séances un peu au pif, suivant l’endroit de la ville ou l’on se trouve et suivant l’heure. Bien sûr, on évite soigneusement la catégorie Labo parce que c’est franchement zarbi, et que j’aime employer des mots qui étaient trop à la mode en 1993.

Même si je n’ai pas « fait » le court-métrage, comme on dit à C., depuis des années pour causes de non-présence et de non-envie, je sais qu’il ne faut pas se fourvoyer dans la sélection Labo parce qu’on reste 1h30 dans le noir à regarder six films expérimentaux incompréhensibles. Je ne mise désormais que sur les sélections International et France.

Bon, à bien y réfléchir, même en International et en France, il arrive souvent que le public se retrouve 1h30 dans le noir à regarder six films incompréhensibles. Heureusement, ils ne sont pas expérimentaux. Mais quand la séance se déroule dans l’amphi 1 de la fac de lettres et sciences humaines, sur des sièges rouges mais durs, on se dit qu’on préfèrerait finalement assister à une sélection Labo, mais confortablement installé dans l’une des salles du cinéma C., sur la place de J., la place principale de C.

Parce que ce festival a beau être international, reconnu mondialement, très réputé dans son domaine et deuxième plus grand festival de cinéma, après celui de C. (je veux dire, l’autre C., vous me suivez ?), il n’empêche qu’il envoie ses spectateurs voir des films à la fac, ce qui fait un peu mal aux fesses quand on n’est plus habitué. Et aussi au coccyx.

Après les 3 premiers films de cette sélection France, on tombe donc sur cette histoire d’Arthur, pas si éloignée du monde des Grimm. Le film est en noir et blanc. Et on sent immédiatement que ce court-métrage-là se veut artistique avec un grand A. Il se veut Artistique, donc. Quand Arthur rencontre Marie-Julie, on pourrait croire que le film va s’arrêter. Mais non, il faut se taper quarante minutes d’échanges pseudo-philosophiques sur l’amour, la loyauté, le travail. Des plans savamment pensés viennent ralentir l’intrigue, histoire de rappeler une filiation spirituelle avec les grands maîtres de la nouvelle vague.

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(Parfois, il y a des longs plans de Marie-Julie (Léa Seydoux) pour donner de la profondeur à la vacuité)

Arthur est le héros d’un film que les critiques de Télérama et des Inrocks adoreraient forcément, tant il plairait aux théâtreux et aux cinéphiles qui pensent que le cinéma coréen est quand même ce qu’il se fait de mieux. Et pourtant, ce court-métrage est français. Avec des échanges amoureux, des (longs) non-dits, des plans fixes silencieux que beaucoup considèreraient comme chiants, mais qui ne sont en fait que l’expression du génie d’un réalisateur. Un bon film de bobo pour bobos en quelque sorte. Et j’ai presque honte d’avoir un peu aimé.

Puis le générique de fin a commencé. Et j’ai constaté, avec un étonnement finalement pas si étonné que ça, que je venais de visionner un film écrit et réalisé par Louis Garrel.

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(Photo chopées sur Premiere.fr)

20 oct. 2010

Souvenir attention dansez

(Le blogue est un éternel recommencement)

L’ignorance est une tare. Me considérant comme un grand ignorant, je suis forcément un peu taré. Mais comment aurais-je pu savoir que le clip de It’s raining men, porté par Geri Halliwell, avait un célèbre référent ? J’aurais pu vivre éternellement, comme les Tragédie, sans savoir que Flashdance avait eu une influence non négligeable sur l’inspiration de l’ex-Spice-Girls-qui-est-aujourd’hui-en-pourparlers-pour-faire-un-come-back-avec-ses-keupines-lors-des-prochains-JO-malgré-le-flop-de-leur-précédente-reformation. Flashdance faisait tellement partie des films cultes que je me devais de voir, que j’ai attendu 24 longues années avant de m’en délecter. Dirty dancing aussi, que j’ai vu avant Flashdance, malheureusement après l’épisode de How I met your mother où la scène de danse est à l’honneur, mais fort heureusement, et par le plus grand des hasards, juste avant L’Arnacœur, même si cela n'apporte rien de plus que la satisfaction de comprendre la référence.


C’est un peu comme si les années 80 étaient une sorte de préhistoire des histoires d’amour. Avant de pouvoir écrire des scenarii compliqués avec des rebondissements improbables, des fantômes et des cougars, les films à l’odroze, avec un zeste de musique, devaient d’abord poser les bases et les codes du genre. C’est la raison pour laquelle le dénouement de Flashdance – aussi jouissif soit-il – est quelque peu attendu. Nonobstant la pellicule surannée avec laquelle Adrian Lyne a filmé ce roman d’amitié qu’une Elsa en plein émoi aurait pu reproduire avec un Glenn Medeiros vigoureux et ardent, Flashdance est un petit concentré de bons sentiments, de gloire, d’amour et d’yeux qui pétillent avec une candeur qui fait du bien.

Alex (aka Jennifer Beals, qui, 25 ans plus tard, ira brouter goûter aux plaisirs saphiques dans le Monde L) est la prude héroïne de Flashdance. Une jeune danseuse brune qui ne connaît pas grand-chose à la vie est contrainte de travailler comme soudeuse dans l’entreprise industrielle de Nick. Alex est toute jeune et danser dans un cabaret commence à la miner, comme Bernard. Et on peut aisément comprendre que se trémousser en fine dentelle devant des gros messieurs qui puent et qui repenseront forcément à elle quand, seuls, ils s’ennuieront dans leur lit, n’est pas le projet de carrière que peut espérer Alex. Poussée par une dame âgée avec qui elle partage la passion de l’opéra, Alex tente le concours d’entrée à l’école de danse classique. Mais une série de désillusions amène Alex à repousser son audition à la fin du film. Et finalement, ça tombe plutôt bien, parce que sinon, Flashdance n’aurait duré que 45 minutes, ce qui en aurait fait un court-métrage, certes long, mais court quand même, qui n’aurait pas outrepassé les frontières un peu fermées du festival du court-métrage de C., ce qui aurait empêché le développement du succès de ce film.

En parallèle à cette ambition de carrière d’Alex, une idylle nait. Une idylle folle puisqu’elle mêle la jeune héroïne avec son patron. Dans un premier temps, Alex repousse les avances de Nick parce qu’il est quand même un peu moche. À moins que ce soit parce qu’elle sort à peine des jupons de sa maman et qu’elle a peur de se laisser aller à l’inconnu. En fait, elle est quand même émoustillée par les yeux de Nick. Alex l’allume en dansant. Nick fond et voudrait bien la serrer. Oui mais voilà, un soir, Alex surprend Nick au volant de sa voiture, en compagnie d’une autre femme, sa femme. Après une discussion musclée, elle comprend que c’est son ex-femme. Du coup, les deux amoureux se retrouvent dans le loft de Pittsburg d’Alex. Une scène torride s’ensuit.


Là où Flashdance a une trame un peu convenue, c’est parce que dès le début du film, on se doute bien qu’Alex et Nick vont baiser sauvagement un instant donné. Là où Flashdance surprend – un peu –, c’est que le film s’arrête sur l’audition. Même si les sauts de joie finaux de l’héroïne laissent davantage présumer d’une bonne réception de la choré par le jury coincé que d’un "saquage" dans les règles de l’art, la fin demeure une énigme du niveau d’une question de Nagui spécialement faite pour vous qui êtes chez vous (doigt vers caméra). Alex se rue sur Nick qui l’attend patiemment, près de sa caisse pourrie. Et le film s’arrête. Le spectateur n’a pas vraiment réfléchi, il a juste assisté à une histoire banale, un rien romancée, d’une simplicité déconcertante, mais avec la magie mélodique des années 80.

Pour toi, lecteur, lectrice, la reprise anticipée d’un tube des L5, Maniac :




Photo chopées sur les sites Allociné, Wikipédia, Première.

7 févr. 2010

Dans une bulle

J'aurais dû m'en douter dès qu'ils se sont assis trois rangs devant moi. À leur façon de rester plantés debout, tentant d'ôter péniblement leur manteau. À leur façon de se retourner difficilement derrière eux, et avec une discrétion digne des plus grands détectives privés, pour voir s'ils étaient les seuls à arriver en retard. À leur façon, enfin, non pas de s'asseoir sur leur fauteuil, mais de littéralement se vautrer dans les coussinets, comme si la pesanteur terrestre les avait écrasés en l'espace d'une demi-seconde. Et pourtant, mon cerveau n'a pas tilté. Puis le film a commencé.

Au bout de quelques minutes, il fallait se rendre à l'évidence: les gens de devant étaient différents. Les murmures dans la salle se multipliaient, au fur et à mesure que le héros du film grandissait. Se détachait parfois un élégant «C'est des gogols ou bien?» venu de derrière moi. Puis un instant plus tard, on a pu distinguer un non moins élégant «C'est quoi ces débiles?». Jusqu'à entendre un discret, mais perceptible, «Vos gueules les triso».

Trois handicapés mentaux (appelons-les Firmine, Simon et Andréï) s'étaient donc installés dans la même salle de cinéma que la mienne, à trois rangs de mon fauteuil. Et alors ?, me direz-vous. Rien, si ce n'est qu'ils ne faisaient rien pour maintenir le silence propice à l'appréciation d'une séance de cinéma, ni, donc, pour préserver la quiétude des autres spectateurs venus rentabiliser le prix du ticket.

Lorsque le héros du film passe à l'âge adulte, Simon commença un monologue parfaitement audible pour le reste de la salle. Il récita la biographie du héros, en rappelant bien que c'est en 1947 que la scène se déroule, parce qu'il a toujours en tête l'idée de devenir un grand peintre. Puis la narration continue. Soudain, quelques passages du film sont un peu subtils et un peu drôles, mais les rires particuliers d'Andréï ont désarçonné une partie du public - dont moi - si bien que je ne me souviens plus si je riais pour les scènes du film ou pour les dits rires. Andréï, à chaque fois que l'histoire prétait à sourire, que ce soit avec Brigitte Bardot ou avec Bruno Coquatrix, lâchait un rire un peu niais dont il semble avoir seul le secret. C'est ce genre de rire que l'on se surprend à sortir seul devant sa télé lorsqu'on ne s'attend vraiment pas à rire et qu'un programme ou une réplique vous étonne à être comique. Eh bien, là, Andréï a ri d'un rire comme ça. Sauf qu'il n'était pas seul chez lui. C'est là que mon voisin, inconnu de moi, a ri aussi. Puis nous avons ri, gênés. Cinq longues minutes.

Je ne me moquais pas, non. Le rire nerveux n'est pas de la moquerie. J'ai longtemps fréquenté des trisomiques - même si Firmine, Simon et Andréï n'en étaient pas - et quand on les connaît, quand on leur parle, il ne vient même pas à l'idée de rigoler. Cela dépend peut-être de leur degré de maladie ou de leur niveau de développement intellectuel, mais ceux que j'ai rencontrés pouvaient tenir une petite conversation. Je connais aussi des handicapés mentaux. Et j'ai toujours été frappé par leur incroyable mémoire. Je comprends donc facilement pourquoi Simon continuait parfois de réciter la biographie du héros du film.

À peine le fou rire calmé que Firmine décida d'en faire des siennes. Un film de deux heures dix étant sans doute un peu long, l'envie de faire pipi a quelque peu perturbé l'assiduité de Firmine. Lorsque le héros se remettait timidement de sa rupture avec la star, Firmine montait et descendait les marches sur les côtés de la salle afin de trouver la porte d'entrée, et donc de sortie. Mais plus l'envie pressait, moins elle trouvait la porte. Sa cadence s'accélérait et les spectateurs ont pu la voir passer deux ou trois fois sous l'écran avant qu'elle se décide à demander de l'aide à quelqu'un. Heureusement, cette personne l'a probablement menée jusqu'aux toilettes, nous permettant de profiter de la fin du film. Ajoutez à cet épisode épique les commentaires avisés de Simon et les rires improbables d'Andréï, et vous obtenez un trou de mémoire d'au moins vingt minutes dans le film. Juste le temps de remarquer que Lucy Gordon ressemblait plus à Carla Bruni qu'à Jane Birkin.

Les spectateurs présents dans cette salle - la 5 - ont peut-être été irrités par ce parasitage impromptu. Je pense avoir davantage ri que s'il n'y avait eu aucun élément perturbateur. Et du coup, cette Vie héroïque m'a plu, enivré par la détermination gauche d'un héros et l'insouciance naïve de trois spectateurs.

4 nov. 2009

Invincible

Je n'ai pas assez de mots pour décrire l'effet que procurent presque deux heures intimes avec Michael Jackson.

Je n'aime pas trop employer le mot bluffé. Je dirais donc que je suis stupéfait. Le problème, c'est que le mot stupéfait n'a pas une valeur assez élevée pour qualifier mon état d'esprit après ma séance de This is it. Je pourrais dire que je n'ai pas assez de mots pour décrire l'effet que procurent presque deux heures intimes avec Michael Jackson. Je pourrais me ranger derrière l'avis quasi unanime des journalistes ou derrière les dithyrambes exprimés par les spectateurs. Je ne suis pas vraiment capable de juger le film, son montage, son cadrage. Mais voir les répétitions d'un show qui s'annonçait exceptionnel, ça, j'ai adoré.

This is it montre ce que la majorité du public ne peut pas imaginer. Je ne parle pas des fanatiques de MJ, comme on l'appelle dans le film, mais bien des gens pour qui MJ est une star parmi d'autres, rien de plus. Pour certains, MJ est la plus grande star du monde, pour d'autres c'est un chanteur comme les autres, qui a juste eu de la chance d'avoir un succès incomparable. Or c'est faux. À le voir s'entraîner pour ses cinquante shows londoniens, il prouve que c'est un artiste avec un talent - notamment vocal - que même de grands admirateurs ne pouvaient subodorer, une humanité indéniable et un professionalisme inouï.

Je ne suis pas particulièrement fan de MJ. La preuve : ma chanson préférée de lui, c'est Heal the world - qui me ramène décidément à cette encombrante fatalité que je préfère toujours ce qui est mou - et éventuellement Black or white. Je n'aime pas vraiment Beat it, ni Billie Jean et encore moins Thriller. Je suis même incapable de fredonner Smooth criminal, ni Earth song, ni The girl is mine. Bref, MJ avait énormément de secrets pour moi et j'avais assez peur de m'ennuyer pendant ce long documentaire. Il m'a fallu une vingtaine de minutes pour être happé par l'ambiance, et après... je n'ai pas vu le temps passer.

MJ répète, en compagnie de ses danseurs, de ses musiciens et des techniciens, toutes les chansons du spectacle, une par une. Il sait quel pas danser à tel moment précis de sa chanson. Il sait quelle note le choeur devra chanter à tel moment du refrain. Il sait quelle lumière devra être projetée à tel moment du show. Il sait quel regard la jeune femme qui chante en duo avec lui devra lancer au public.


Le chanteur et danseur américain Michael Jackson, ici en 1993.

Le chanteur et danseur américain Michael Jackson, ici en 1993.

MJ est habité par la musique, à un degré inimaginable, toujours en mouvement, limite en transe. Le final de Beat it est majestueux. Le nouveau clip de They don't care about us est génial (extrait à la fin de cette chronique). C'est un artiste d'un professionalisme irréprochable, à qui il manque peut-être, certes, une légère touche d'humour et de convivialité entre lui et son équipe, hormis un ou deux passages. Son énergie est incroyable : il est même plus dynamique que ses danseurs de vingt ans, qui, au passage, ne doivent pas en revenir d'avoir partagé ces quasi-concerts privés avec lui. En fait, il est tellement fascinant que l'on reste scotché devant le grand écran, presque fier de partager ces moments privilégiés à le regarder répéter. On lui pardonne même ses errances vestimentaires : son pantalon orange et ses cuisses dramatiquement fines, son bas de jogging doré à paillettes brillantes et sa veste à épaulettes pointues.

Finalement, le seul défaut que je trouve à This is it, c'est de ne pas laisser le droit d'entendre Heal the world en live (sauf un peu, à la fin, si on reste jusqu'à l'arrêt du générique, ce qui vaut toujours le coup), ni You are not alone. À part ça, le reste est assez génial.

13 juin 2009

L'époque où la sève monte

Il y a des semaines où l'on se retrouve fatigué et épuisé le vendredi soir, à repenser au travail éprouvant qu'on a fourni depuis le lundi matin. On termine difficilement l'après-midi avec une légère migraine accentuée par une exposition impromptue au soleil. Puis on est, malgré soi, par manque de volonté de dire non, invité à aller voir Les beaux gosses.

Les beaux gosses est le film distrayant du moment. Tout à coup, les meilleurs moments des années collège - ou lycée - reviennent avec une douce mélancolie dans une mémoire toujours apte à se remémorer le passé : la violence des mots entre élèves, les cheveux soyeux et gras, les profs, les mères très présentes ou encore les plaisirs solitaires.

Hervé est en troisième. La substance du film, ce n'est pas le fait qu'il soit un élève moyen. Hervé est, avant tout, un loser pas bien beau. Cet ado boutonneux aux dents baguées que tu as été pendant ta scolarité, cher lecteur - la probabilité pour que tu aies été un vrai beau gosse faisant le kéké en troisième est statistiquement assez faible. Les garçons en pleine finition pubère sont rarement des sexy boys. Si ce n'est pas le front à tendance acnéique caché par la mèche épaisse et grasse de cheveux bruns, c'est le pull rayé stylé revêtu tous les jours et subtilement imprégné du doux fûmet dégagé par chaque aisselle non traîtée.

On suit alors la vie absolument banale de Hervé qui déteste son prénom et qui a raison, et on se reconnaît parfois dans ses attitudes qui rappellent parfois qu'on est aussi passé par des moments ingrats lors de l'adolescence. Hervé et son meilleur ami Camel, comme les cigarettes, ont les hormones qui les titillent. Ils veulent, eux aussi, comme Loïc, le vrai beau gosse de la classe, sortir avec des filles, les embrasser avec la langue. Là où Les beaux gosses est un peu plus réaliste que LOL - qui était également plutôt distrayant -, c'est que dans la classe, il y a davantage de thons d'ados physiquement pas trop bien dans leur peau que de vrai(e)s beaux (belles) gosses.

Les personnages permettent donc au spectateur de s'identifier un peu. Bien sûr, tout le monde n'a pas été aussi repoussant durant son adolescence. Tout le monde n'a pas forcément eu de petite amie en troisième. Tout le monde n'a pas obligatoirement fait partie d'un groupe d'amis moches. Tout le monde n'a pas nécessairement utilisé une chaussette pour louer la gloire et la mémoire d'Onan. Tout le monde n'a pas la chance d'avoir une mère étouffante qui décroche la palme de la réplique la plus inattendue, drôle et doûteuse du film en regardant le portrait de son fils, alors enfant, dans le salon. Et pourtant, on se sent proche du jeune garçon. On imagine qu'il sent mauvais avec son vieux pull qu'il remet jour après jour, mais peu importe, il est sympathique. Au final, ça vous réveille une libido incontrôlable qu'on aime assouvir comme en troisième.

Hervé, le héros du film, interprété par Vincent Lacoste

[Photos : allocine.fr]

14 sept. 2008

I am the Dancing Queen, young and sweet, only seventeen

Je ne peux pas vraiment trancher mon opinion quant au fait que Hairspray était meilleur ou moins bon, mais je peux d’ores et déjà affirmer que Mamma Mia ! est bien plus fun que les deux premiers volets de High School Musical. Si je n’ai pas pu attendre la rentrée du cinéma, dès aujourd’hui, avec ses entrées à trois euros cinquante, c’est en partie pour t’orienter, toi, cher lecteur, et toi, chère lectrice, et t’inciter à te précipiter dans ton multiplex favori pour passer deux succulentes heures abbasourdissantes. Je l’avoue, ‘succulentes’ est un peu terme un peu trop dithyrambique pour Mamma Mia !, surtout quand on considère que le début du film est moins succulent que la fin. Le point fort de Mamma Mia ! est le crescendo de plaisir qu’il offre au spectateur.

La critique s’est empressée de dire que le scénario de Mamma Mia ! était vraisemblablement un prétexte pour permettre au quidam confortablement installé sur le siège central de la salle obscure préférée de s’enivrer des tubes d’Abba. La critique a eu raison. Mais le spectateur qui choisit d’aller voir ce film attend-t-il du scénario qu’il soit cohérent et bien ficelé, ou attend-t-il surtout d’écouter les kitschissimes chansons qui ont fait la renommée du groupe suédois ?

Sophie a vingt ans. Elle se marie demain avec Sky. Pour l’occasion, elle a décidé d’inviter son père, qu’elle ne connaît pas, parce que sa mère lui a toujours dit que c’était un homme qui l’avait abandonnée pendant sa grossesse. En tombant sur le journal intime de Donna, sa mère, Sophie comprend que trois hommes peuvent être son père, Donna s’étant amusée avec eux trois l’été de la conception de Sophie. La future mariée décide alors d’inviter ses trois pères potentiels à son mariage afin de découvrir le bon, le tout sans en parler à sa mère. S’ensuivent les situations attendues, habilement tricotées par la mécanique du scénario. Les amateurs et trices de film sentimentaux à l’eau de rose –et je m’en fous de pléonasmer – ne pourront qu’être ravis.

Mais ce n’est finalement pas l’histoire qui est la plus intéressante dans Mamma Mia ! Deux points ont retenu mon attention. Le premier, c’est forcément l’ultra présence des chansons d’Abba. Dès que l’une d’entre elles se termine, on se demande quelle va être la suivante – chacune d’elles collant d’ailleurs parfaitement aux dialogues du film – et on l’attend impatiemment. Les plus drôles sont sans conteste celles qui commencent avec un ou une interprète et qui se terminent avec un chœur improbable de dizaines de personnes en fond, qui dansent et chantent, de préférence sur la plage. Mention spéciale à l’inévitable gay-friendly Dancing Queen, la sympathique Money x 3, et l’inconnue (de moi) Lay all your love on me et ses mâles à palmes très Pet Shop Boys s’éclatant sur les plages grecques.

Le deuxième point à avoir retenu mon attention est le système relationnel joliment dépeint entre les différents personnages du film. Même si Sophie est logiquement l’héroïne du film, Donna, sa mère, tire largement la couverture et devient l’attraction principale. L’intensité du personnage de Meryl Streep s’étoffe tout au long du film, pour atteindre son zénith quelques instants avant le mariage de Sophie. Meryl Streep est sensationnelle face à Pierce Brosnan, lorsque qu’elle lui chante, d’abord doucement, puis puissamment, The winner takes it all, certainement la plus forte des chansons d’Abba, sur le plan émotionnel. La relation mère-fille atteint, elle, son apogée sur Slipping through my fingers, montrant que le temps file inexorablement, et que les enfants grandissent. Ont grandi. Les dernières relations mises en avant sont les relations d’amitié. La fille, comme la mère, ont deux grandes amies, qui les soutiennent. L’humour n’est pas en reste, notamment avec les deux vieilles amies de Donna, qui apportent une touche déjantée à Mamma Mia : Tanya, en plus d’être riche, mange les hommes, mais se méfie des petits blacks, furent-ils excitants, et Rosie, en plus d’être le sosie quasi-parfait de Christine Boutin, est la bonne copine rigolote et contribue au crescendo de plaisir offert par le film, en commençant la chanson finale, Take a chance on me. Puis arrive le bouquet final du film, délicieux. Forcément, Waterloo était difficile à intégrer dans les dialogues du film, alors l’astuce a été trouvée. Thank you for the film. Thank you for the music.

[Source photos : mammamiafans.com]

24 août 2007

De l'injustice d'être né moche

On a tout à fait le droit de faire du cinéma quand on n'est pas beau. Regardez Clovis Cornillac. Mais on a aussi le droit d'en faire quand on n'est vraiment pas beau.

Hier soir, j'ai (assidûment) regardé Les fautes d'orthographe sur France 3. C'est le genre de film qui nous rappelle les douces joies de l'internat et des colonies de vacances. Ces films m'ont toujours plu, parce qu'ils sentent bon l'enfance, les bêtises que l'on fait avec ses copains. Ils me rappellent un côté de mon enfance que je n'ai pas vécu, puisque je n'ai jamais été interne, et je ne suis jamais allé dans une colonie de vacances.

Les Fautes d'orthographe



Daniel Massu est le fils du proviseur (son père) et de la directrice (sa mère) de l'internat où il fait ses études. Mais Daniel Massu est gros et moche, et il est très en retard dans son processus de puberté, à tel point que l'odieuse infirmière manque de pouffer de rire devant lui quand il enlève son slip. Si l'infirmière avait été Koxie, elle lui aurait balancé un vulgaire T'as même pas d'poils sur la quéquette, et le pauvre garçon serait allé, malheureux, se pendre à une branche de platane dans la cour de récré. Heureusement, j'ai précisé que Daniel était gros, donc la branche se serait cassée, comme Nolwenn Leroy. Comme une coïncidence, Damien Jouillerot a hérité de ce rôle sur mesure, tiraillé entre ses parents haut placés et ses camarades le traitant de fayot. Quand j'ai appris que Damien Jouillerot était plus vieux que moi, j'étais assez stupéfait. Lui, paraissant si jeune, avec un physique difficile, et moi, paraissant si jeune aussi... Ceci pour dire que je n'ai que peu de chances de faire du cinéma, puisque je ne ressemble pas à Clovis Cornillac. Mais quand même, il a déjà un beau palmarès le Damien, moins prestigieux que celui de Jules Sitruk, mais toujours plus beau que celui de Jérôme Hardelay, qui démontre chaque jour que des yeux rieurs, des tâches de rousseur et un sourire parfait ne suffisent pas toujours pour faire du cinéma.

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Peut-être que pour participer au casting des Fautes d'orthographe, il fallait avoir sa carte au CDPD, Club Des Physiques Disgracieux. Franck Bruneau a crié à Khalid Maadour "ça t'aurait plu d'être beau? T'es né comme ça ou on t'a marché dessus?", ce qui est un peu l'hôpital qui se moque de la charité. Peut-être qu'avec Thomas Salsmann, Aurélien Jegou, et l'arrivée de Yoann Sover, KD2A y a gagné au change. Il m'a toujours fait peur ce Franck Bruneau, moins que l'horrible monsieur Orangina rouge, qui n'est pas le même monsieur que Booder, mais quand même. Il me fait autant peur que Michel Polnareff jeune. D'ailleurs, si on occulte la couleur des cheveux, il y a une petite ressemblance, non ? C'est sûrement la globulosité oculaire qui fait ça. Non, il n'y a que dans Trois femmes... Un soir d'été - meilleure saga estivale de France 2, en attendant les performances de Louise Monot, Guillaume Cramoisan, Serge Gisquière, Claude Gensac et Bruno Madinier (encore) dans La prophétie d'Avignon - qu'il est apparu gentil.

Or gentil, ça ne fait pas tout. Le petit Daniel Massu est donc moqué et chahuté par beaucoup de ses camarades, et finit même par perdre l'amitié de l'un de ses seuls soutiens, René Boury. C'est Anthony Decadi qui joue ce rôle. Son visage de petite tête blonde angélique qui a mal tourné m'est totalement antipathique. Même Macaulay Culkin, je le préfère (je pense bien sûr à Macaulay Culkin après avoir été l'adorable Kevin McCallister que tous les gens de mon âge ont connu, c'est-à-dire après avoir sombré dans l'alcool et dans la drogue, et être devenu aussi antipathique que Lorànt Deutsch (je pense bien sûr à Lorànt Deutsch, après avoir été l'adorable intrépide que tous les gens de mon âge ont connu, c'est-à-dire après avoir fait des films à gros budgets, et après être devenu aussi antipathique que Jean-Baptiste Maunier (je pense bien sûr à Jean-Baptiste Maunier, après avoir été l'adorable Pierre Morhange que tous les gens de mon âge ont connu, c'est-à-dire après avoir pris la grosse tête et massacré toutes les chansons des Enfoirés 2007, et être devenu aussi antipathique que les soeurs Olsen (je pense bien sûr que je vais m'arrêter là parce que j'en ai marre de salir ma page de tous ces noms)))).

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Par chance, avant de se lier d'amitié à Jean-Claude Griset/Franck Bruneau, Daniel Massu avait un autre pote, Richard Zygelman. Leur amitié voit le jour dans la première partie du film, lorsque le spectateur que je suis découvre tout ce à quoi il a échappé durant son enfance : les cigarettes dans les toilettes, les blagues potaches, les douches communes, les remarques sur les petites bites, les paris pour rouler des pelles à des filles pendant dix minutes quarante-cinq, la franche camaraderie, et j'en passe. Cet ami, Richard Zygelman, chante très bien Donna Donna (Le petit garçon) de Claude François, mais dans sa version d'une autre langue, que je n'ai pas retenue parce que je m'en fous, c'est un Raphaël Goldman méconnaissable. Enfin quand je dis méconnaissable, c'est un peu faux parce qu'on le reconnait quand même... Comment ça Raphaël Qui? Permettez-moi de répondre que je trouve déjà bizarre que vous me demandiez Raphaël Qui? On est en France! Et ça aurait été plus logique de demander Qui Goldman? Ou alors, c'est que vous n'avez aucune culture populaire. Enfin, Raphaël Goldman, quoi! L'un des héros de la saison 1 de Coeur Océan, enfin! L'un des héros des deux premiers épisodes de la saison 2 de Coeur Océan, enfin! Certes, il avait une coupe à la Nicolas d'Hélène et les garçons, mais j'ai envie de dire Et alors? Si, vous le connaissez ; c'est lui qui est à côté de moi, là :

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On n'est pas obligé d'être beau pour faire du cinéma, mais je ne sais pas si je l'aurais bien pris si j'avais été au générique des Fautes d'orthographe finalement.

25 juil. 2007

Trilogie simpsonne (partie 2)

Je dois vous le confesser, il y a un peu de Marge en moi. Non, ce n'est pas cette voix gutturale qui donne mal à la gorge quand on l'imite plus de deux secondes, ni cette chevelure bleue en forme de balai pour WC. Je parle de sa sensiblité. Pendant tout le film, Marge est la caution de coeur de la famille Simpson. Elle aime ses enfants, elle aime son mari. Il y a beaucoup de sincérité en elle. Comme moi.
Je dois vous le confesser, il y a un peu de Maggie en moi. Non, je ne suis pas continuellement en train de sucer une tétine. En revanche, je sais me montrer patient, observer la situation sans prononcer un seul mot, et régler les problèmes délicats en assommant les ennemis. Il y a beaucoup de bon sens en elle. Comme moi.
Je dois vous le confesser, il y a un peu de Homer en moi. Non, je ne suis pas (encore) ventripotent, chauve, lâche ou irresponsable, mais je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour réparer une éventuelle catastrophe causée par moi. Après avoir pollué un lac avec les crottes de Spider-cochon, Homer a condamné à mort la paisible ville de Springfield. Ce que j'aime chez lui, c'est que malgré ses erreurs, on s’attache et on s’empoisonne. Comme moi.
Je dois vous le confesser, il y a un peu de Lisa en moi. Non pas sa maîtrise saxophonique parfaite (ce que je déplore) ni son engagement pour l'environnement (ce que je déplore tout autant). C'est son côté fleur bleue, lorsqu'elle tombe amoureuse du petit voisin qui est un peu comme elle. Et puis aussi, elle est toute gênée quand elle transpire des mains à cause de l'émotion. C'est sûr, Lisa aura un beau destin. Comme moi.
Je dois vous le confesser, il y a un peu de Bart en moi. Non, je ne suis pas un garçon si t'enlève la cédille ça fait garcon qui souhaite changer de famille sous prétexte que la mienne est dérangée. C'est juste que Bart est un garçon libre, qui vit les émotions qu'il a envie de vivre. L'un des moments forts du film est bien sûr le nu intégral de Bart. Cela restera entre nous, mais Bart, et bien il a un petit zizi tout jaune. Comme... euh... non, rien.
Les Simpson - le film

16 juin 2007

Bavardages, etc.

C. est une ville plouque. Je pense que ma ville est la seule en France qui ne diffuse pas Shrek le troisième. On a beau faire la tournée des trois plus grands cinémas de C., on ne trouvera pas de Shrek. Entre nous, c'est toujours, c'est le contraire d'un jour, je m'en fous un peu, puisque je n'aime pas Shrek. Mais après, il ne faut pas s'étonner que la France entière considère cette ville, voire cette région, comme une ville (ou une région, donc) de bouseux. Il semble que le groupe qui dirige les cinémas de la ville soit en froid avec la Paramount Pictures, d'où la décision de ne pas distribuer "le" film grand public du moment. Ici, on préfère se priver de Shrek, et programmer - encore - Ensemble, c'est tout ou Ne le dis à personne. Non pas que je n'aime pas Guillaume Canet, mais il y a du favoritisme. Ici, on préfère rester buté, campé sur ses positions.
Or, aux dernières nouvelles, apparemment, la déchirure morale de voir des spectateurs dans le désarroi le plus total à l'idée de manquer ce film (à moins que ce ne soit la crainte de passer à côté de quelques milliers d'euros de chiffre d'affaires) l'aurait emporté. Shrek le troisième finira probablement par envahir les cinémas de C., avec trois jours de retard, ce qui est un beau reflet de la modernité et du dynamisme de la ville. Tout ça pour dire que je me passerai de Shrek le troisième, parce que je n'ai pas aimé le premier, et que donc, je n'ai pas vu le deuxième, et que donc bis, je me contrefous du troisième, et que donc ter, ça ne m'aurait, tout compte fait, pas gêné qu'il ne soit pas diffusé dans ma ville, et que donc quater, je n'avais aucune raison d'écrire cette chronique inutile, et que donc quinquies, merci de ne pas l'avoir lue, et que donc sexies, je n'ai rien d'autre à ajouter, c'était juste pour écrire sexies, au cas où un googleur pointilleux décidait d'accorder l'adjectif sexy pour rechercher des photos de filles sexy, de meufs sexy, ou de cochonnes sexy.

6 juin 2007

Ils ont volé notre recette

Excitante est parfois la vie rhumanesque. Il faut savoir varier les plaisirs. Une vie rhumanesque ne peut donc être qu’instable. D’ailleurs, Rhum Raisin devient instable lorsqu’il se retrouve, par le plus grand des hasards, devant un film qui dure deux heures et quarante-huit minutes. Difficile de rester assis devant les péripéties d’un pirate incessamment grimaçant, une chinoise se forçant à être chinoise, et une scène de mariage si parfaitement chorégraphiée qu’elle en devient ridicule. Je ne veux pas passer pour le râleur de base, mais attendre dix minutes la fin d’un générique de fin interminable – et pourtant, j’aime ça – alors que tous les autres spectateurs ont quitté la salle, c’est un peu long. Surtout pour ça. Certes, c’est moins frustrant que pour Les Vacances de Mr. Bean, mais quand même. Heureusement l’inattendu Peter Rotter a réussi à me faire sourire quelques instants. Mon impatience a peut-être finalement été déclenchée par la simple présence de mon voisin de gauche; il devait avoir un ventilateur dans chaque narine tellement il soufflait comme un bœuf à chaque expiration. Et oui, Pirates des Caraïbes, jusqu’au bout du monde a duré deux heures et quarante-huit minutes.

Pirates des Caraïbes, jusqu'au bout du monde

24 avr. 2007

French bean

Certains ont été bercés par l’humour particulier des Monty Python. D’autres par celui de Benny Hill. C’est une question de génération, c’est tout. Moi c’est l’humour très british de Mister Bean qui m’a accompagné dès le jour où j’ai commencé à apprendre l’anglais en sixième. J’ai découvert ce fringant quadragénaire en même temps que je découvrais la Grande Bretagne, la cuisine anglaise, et les goûts divers – et décalés – des britanniques. Il commençait déjà à être démodé outre-Manche, mais sa veste vieillotte, son pantalon marron, son immense langue, son Teddy, sa voiture mini fermée avec un cadenas ont rapidement plu au collégien rangé que j’étais. Mister Bean est attachant par sa naïveté et son incroyable faculté à ne pas voir la réalité en face. Mais Mister Bean peut également être terriblement agaçant tant il est enfermé dans son monde puéril et égocentrique.

Autant le dire tout de suite, Les Vacances de Mr. Bean n’a rien à voir avec Bean. Ce deuxième film est indéniablement meilleur que le précédent, pourtant assez bon. C’est peut-être dû au fait que nous sommes heureux de retrouver ce personnage qui n’avait rien fait depuis des années. Mister Bean, dont on aperçoit très brièvement, et pour la première fois, que le prénom est Rowan, tout comme son interprète, gagne un voyage à Cannes lors d’une kermesse, et c’est tout son voyage qui nous est raconté dans ce film, jusqu’à l’arrivée, à la toute fin, à la plage, enfin. Le film se termine en happy end où tout le monde est heureux de chanter en choeur. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à un film très fin, ni à des dialogues travaillés – Bean parle évidemment très peu – mais quand on aime le personnage, on ne peut que passer un bon moment, d’autant que le film est court, ce qui est bien jugé. Même s’il manque une scène de la bande-annonce dans le film (NdRR: lorsqu’il renverse son café sur un ordinateur portable dans le train), je n’ai pas été déçu, grâce notamment au fait que Rowan Atkinson n’a pas perdu une miette de son talent de clown anglais, réalisant des mimiques de plus en plus jubilatoires.

21 févr. 2007

La puce à l'oreille

Je vous ai déjà parlé de Mika? Parce que je me souviens plus si je vous ai déjà dit à quel point je trouve son album formidable. Heureusement l’excellentissimissimissimissime Relax (Take it easy) passe de plus en plus souvent à la radio pour le plus grand plaisir de mes oreilles, surtout lorsque je suis dans la voiture et que je peux chanter à tue-tête. Mais il n’y a pas que ce titre, non, il y a aussi plein d’autres morceaux tellement sautillants. Bien sûr, d’habitude j’aime le mou. Mais en ce moment, je préfère quand c’est moins mou. Il y a une fraîcheur dans les chansons de Mika, du punch, une touche des sixties/seventies, et c’est absolument enivrant. Pour votre plus grand plaisir, qui est en fait surtout le mien, je vous linke ici son site officiel, même si je sais pertinemment que la majorité de mes lecteurs et trices n’exercera pas une pression particulière sur le bouton gauche de la souris sur le mot ici, qui est effectivement le même ici, et aussi ici, parce que mes lecteurs et trices n’ont vraisemblablement que faire de ce chanteur pétillant, et ainsi, le ici ne sera que peu rarement peloté par le curseur de la souris de mes lecteurs et trices, et c’est fort dommage.

Parlons alors de cette affiche si intrigante qui a fleuri depuis une quatraine de jours dans les abribus, sur les bus, sur les panneaux publicitaires, sur les vitres de bars, et dans le journal hebdomadaire gratuit de C., Info. C’est l’affiche du film Juste une fois!. On aperçoit sur cette affiche une grosse tête de jeune femme; jeune femme qui n’a en fait pas une plus grosse tête qu’une autre, mais sur cette affiche, si.

Elle a un visage angélique malgré un œil coquin. Et cet index droit tendu sur la bouche est un signe qu’elle doit se taire. C’est comme lorsqu’en maternelle, nous jouions au jeu palpitant du roi du silence, où nous devions mettre le doigt sur la bouche. Je n’ai jamais compris pourquoi la surveillante, que je n’appelais pas surveillante à l’époque, et encore moins pionne, mais Cécile, puisqu’elle s’appelait Cécile, (et j’ose espérer qu’elle s’appelle toujours d’ailleurs, parce que je l’aimais bien, et donc je l’aime bien devrais-je dire), nous demandait de mettre le doigt sur la bouche pour faire silence; je suis toujours parvenu à émettre des sons malgré mon index sur la bouche, et cette dernière inévitablement un peu aplatie par ledit index. Je peux le dire maintenant à tous mes camarades qui croyaient que le roi du silence était un vrai jeu: Cécile vous a bien pris pour des cons!

Mais revenons-en à ce film, Juste une fois!. Avez-vous lu ce qui est écrit en haut de l’affiche? Nous avons tous un secret… Le sien est encore pire! Avouez que ça intrigue. Premièrement, je ne peux pas laisser passer le Nous avons tous un secret.... Non, moi j’ai plein de secrets, pas qu’un seul. C’est quoi ces généralités? Je pourrais vous en citer de nombreux. Mais je ne le ferai pas. C’est vrai, j’ai déjà fait une digression dans le paragraphe précédent, je ne vais pas recommencer, là, maintenant, seulement pour parler de moi-même, même si cela reste mon sujet de conversation favori, bien que rarement abordé avec les autres. La deuxième partie de l’accroche du film est Le sien est encore pire!. Quel secret peut-être plus difficilement avouable qu’aimer regarder des films pornos, que pratiquer le jeu de la biscotte, qu’avoir déjà embrassé un mort? Non calmez-vous, ce ne sont pas des aveux de ma part (quelles horreurs!), ce sont des exemples de la bande-annonce du film. Puisqu’en effet, j’ai eu envie de regarder la bande-annonce de ce film. Elle est aussi frustrante que ce à quoi je m’attendais. On n’apprend absolument rien sur ce maudit secret inassumé. Je ne voulais pas chercher partout quel pouvait être ce secret, puisque je voulais aller voir ce film au cinéma, et avoir la surprise. N’ayez crainte, je ne dévoilerai en aucun cas ce fameux secret, pour les personnes qui voudraient aller voir ce film. Mais je suis quand même, petit curieux que je suis, allé me renseigner. Rien que l’affiche originale et le titre en anglais peuvent mettre sur la voie. Ce que je ne comprends pas c’est comment une affiche si "Bridget Jones", et une bande annonce si "comédie romantique" peut déboucher sur un sujet aussi répugnant. Je ne sais plus si j’ai bien envie d’aller voir Juste une fois!, même une fois. Parce que d’après ce que j’ai compris, c’est quand même dégueulasse…

18 févr. 2007

Cent-unième chronique

101

Ça rime avec rien…

(- C’est bon, tu vas pas nous faire toutes les déclinaisons jusqu’à 200!

- Hein? Ah pardon. Je me reprends.)

Je n’étais pas plus triste que d’habitude, et pourtant j’ai presque eu envie de pleurer lors des quatre bandes-annonces qui ont précédé le film. J’étais assurément dans un autre état d’esprit que lorsque j’ai ri sans honte aucune, et même avec joie, vendredi à la bande-annonce des Vacances de Mr. Bean. Aujourd’hui, j’étais heureux d’aller au cinéma (ce qui ne veut pas dire que je n’ai éprouvé aucun plaisir à y aller aussi vendredi, puis samedi (ce qui fait donc un total de trois séances en trois jours, chose assez exceptionnelle pour être soulignée)), et je n’étais donc nullement prédisposé à être ému, ni à pleurer. Malgré moi, je sentais les larmes monter, même pendant les bandes-annonces (je sais, je me répète), et j’ai compris qu’il allait falloir faire preuve d’une grande concentration pour ne pas laisser ma sensibilité prendre le dessus, et ainsi bousiller quinze minutes d’étalage consciencieux de crème destiné à doter mon teint d’une luminosité parfaite, à cause d’éventuelles maudites gouttes d’eau salée dégoulinant de mes yeux.

Au début, le spectateur français typique, qui a décidé de son plein gré d’aller voir ce film, a forcément de la sympathie, peut-être même de l’admiration pour Edith. Ce n’est pas avec l’attachante Edith enfant que ce spectateur changera d’avis. Il se laissera entraîner par l’atmosphère de la rue, les bonnes goualantes, les passants qui jettent quatre sous à terre, la bonne humeur apparente de cette époque. Même lorsqu’une fille de joie du bordel grand-maternel se charge de la protection de l’enfant et de ses occupations quotidiennes, le spectateur ne pourra pas s’empêcher d’esquisser un sourire de tendresse. Abandonnée par sa mère, Edith mène une vie itinérante. Le film mise sur l’insouciance de la jeune femme, sa tendance à boire pour ne retenir que le meilleur de sa vie, l’euphorie, provoquée par elle-même, des soirées qu’elle passe en compagnie de ses sincères, et parfois moins sincères, amis. Certains seconds rôles ne sont pas exploités à leur juste valeur, mais qu’importe, puisque la magie des chansons transporte le film dans un autre temps.

Si le spectateur français typique voit Edith comme une sainte, il sera quand même un peu déstabilisé. Il supportera peut-être mal de la voir dans la sphère privée, avec un caractère fort, voire autoritaire. Il aura peut-être aussi du mal avec cette débauche, ces soirées arrosées, ces fougues amoureuses. Le film montre finalement relativement peu les beaux côtés du mythe Piaf, mais s’intéresse davantage aux excès de la femme torturée. Il relate, parfois avec peu de pudeur, souvent crûment, la façon dont Edith a détruit sa vie peu à peu à cause de l’alcool et de la drogue, et comment ce bout de femme s’est consumé plus vite que prévu, apparaissant alors, à l’hiver de sa vie, à 48 ans, comme une vieillarde. C’est à cause de l’intensité de ses chansons, celles qui me touchent particulièrement comme La foule ou Non, je ne regrette rien, que les larmes ont failli couler. Les flash-backs incessants tout le long du film sont une bonne idée, peut-être un peu trop récurrents, laissant le spectateur se perdre dans un labyrinthe, alors qu’il n’avait pas besoin de cela pour apprécier la polyvalence et l’ubiquité d’Edith. Le même spectateur se laissera volontiers guider dans la vie tumultueuse de la plus grande chanteuse française du siècle dernier, interprétée par une Marion Cotillard d’une ressemblance surprenante (merci les maquilleurs et illeuses), d’une justesse époustouflante, à mon grand étonnement, belle et touchante. La salle pourra sortir en se disant que, même sans les talons, Edith était une grande.