22 nov. 2009

Dimanche, c'est brocante

De la même manière que je suis allé dans un bal de village pour la première fois de ma vie à 20 ans, je me suis rendu, aujourd'hui, pour la première fois de ma vie, dans une brocante. Attention, je ne parle pas du petit vide-greniers du village, visité au hasard de la promenade du dimanche avec papy et mamy. Oh non. Je parle bien de la bonne vieille brocante couplée au vide-greniers de tous les greniers du coin, organisée sur deux jours. Le truc énorme, quoi. J'en suis encore tout retourné et tout malheureux de ne pas avoir découvert ça plus tôt, comme bien d'autres choses, d'ailleurs.

Avant d'entrer dans la grande salle ruisselant de pépites, on sent déjà qu'on va vivre un moment grandiose. Des dizaines de mamans sont là, à discuter devant la porte d'entrée, la poussette à la main. Le deuxième enfant, étant plus grand, tient la deuxième main de la maman. L'ambiance est conviviale, on parle fort, on discute de ce qu'on a acheté et on rit à gorge déployée. Puis on entre dans la grande salle où sont entassées toutes les vieilleries pour lesquelles on s'est déplacé. On respire un mélange de merguez grillée, de fumée et de café artisanal. C'est normal, le bar/buvette est situé à l'entrée, où sont réunis tous les plus de 70 ans et les maris des mamans de dehors qui en sont probablement tous à leur huitième verre de Beaujolais nouveau. On en zapperait presque qu'on est accueilli par un superbe live de Michèle Torr enregistré à l'Olympia en 2002. Le brouhaha est tel que personne ne prête attention à la musique.

Plus on avance dans la grande salle, plus l'odeur de graille s'atténue. C'est une délicate odeur de vieux et de naphtaline qui vient chatouiller nos frèles narines. On déambule entre les babioles de grand-mère, les services de vaisselle en faïence, les fringues portées par trois générations de grands gaillards, les Paris Match de 1956 aussi grands qu'un Libé d'aujourd'hui, ou encore les machines à écrire désuettes et autres Minitel pour les fétichistes des vieux trucs.

Puis, à force de voir tous ces Jacky gens chiner, j'ai compris la joie qu'ils pouvaient ressentir en voyant un objet. Un simple bibelot peut en effet procurer une joie incommensurable tant il peut raviver des souvenirs d'enfance. C'est là que mon regard moqueur s'est peu à peu transformé en tendresse portée sur ces personnes qui occupent leur dimanche en fouillant dans le passé pour espérer retrouver le goût de leur bonheur perdu. Mon bonheur à moi, c'est d'avoir pu me procurer, pour une modique somme, des 45 tours et des singles. Je suis encore novice, mais je sens déjà que ça va me plaire.

Une chanson culte de la belle Karen

La meilleure chanson de Karen

L'incontournable


Le verso de Bébé Rock de Jeanne Mas (oui, on était moins regardant, avant)

Une petite sélection du meilleur des années 1990

20 nov. 2009

Populaire Petit Poucet Particulièrement Perfide

Il est entré dans le club huppé des publicités agaçantes qui donneraient presque envie d'éteindre la télé si on n'avait pas envie de regarder la fin de son Joséphine, ange gardien. Voilà à peine quelques semaines que cette pub est diffusée qu'elle nous fait déjà l'effet désagréable d'un spot de pub qui reste dans la tête et dont on n'arrive pas à se débarrasser. Une sorte de Carglass répare, Carglass remplace, d'Atooool, les opticiens, ou, pire encore, de Javel Dose, Javel dire à tout l'monde qui provoque un soupir de lassitude dès les premières secondes de diffusion.

La Banque populaire aime les contes. Et son nouveau chouchou, c'est le mignon Petit Poucet (PP). Mis au monde avec ses six frères par des parents démunis, le PP est un petit filou rusé et perspicace. Alors que ses parents ont décidé d'abandonner leurs sept marmots dans la forêt, le PP se munit de cailloux blancs afin de retrouver le chemin de la maison. Il devient alors un Populaire Petit Poucet (PPP), puisque ses parents sont finalement heureux de revoir leurs bambins. Oui mais voilà, une deuxème tentative d'abandon laissera le PPP et ses frères seuls dans les bois. Après des péripéties chez un ogre de la forêt que je ne détaillerai pas puisque là n'est pas le propos, le PPP revient chez ses parents. C'est cette histoire que la banque en question a décidé de parodier.

On voit bien que la Banque Populaire nous prend ici pour des débiles. Les parents du PPP adoptent une position paradoxale. Il est déjà improbable qu'ils abandonnent leurs enfants, alors enfants, et qu'ils les retrouvent, alors adultes. Comme si Perrault avait écrit une histoire avec une ellipse de vingt ans qui ennuierait quiconque écoute avec attention ladite histoire. Il faut également étudier la raison pour laquelle, vingt ans après le terrible abandon, ils en soient encore à broder un portrait de leur PPP et à relire des coupures de presse sur leurs enfants perdus. Inutile de broyer du noir, il fallait y penser avant, merde. Et enfin, comment se fait-il qu'il semblent ravis de retrouver leur PPP et qu'ils se balancent complètement de ce qu'ont bien pu devenir leurs six autres enfants ?

Cette pub de banque veut, bien entendu, nous montrer qu'on peut avoir une enfance malheureuse, voire même tragique, mais que la roue peut tourner, comme sur TF1. On peut devenir grand et beau. On peut venir narguer ses pauvres parents qui resteront des ploucs toute leur vie, alors que soi, non. Et enfin, on peut, grâce à cette banque, se payer une belle auto, pour y pécho le petit chaperon rouge. La morale est sauve.

Là où le Populaire Petit Poucet devient Particulièrement Perfide (PPPPP), c'est lorsque cette banque l'invite à enregistrer ses mémoires en chanson. La pub se poursuit ainsi. On y apprend comment il a pu survivre, comment il a avalé sa rancoeur et comment il se lance dans une carrière de chanteur. C'est un ainsi que la Banque Populaire veut faire de son PPPPP un buzz. Perfide, non ?

11 nov. 2009

Ça sert à rien un jour férié

Les belles journées de fêtes ou de commémorations nationales nous donnent l'opportunité de ne pas travailler. C'est plutôt pas mal de bénéficier d'un jour de repos au milieu de la semaine... C'est tellement bien qu'au final, la journée n'est pas très productive...

  • On se réveille à midi moins dix
  • On reste dans son lit éveillé pendant de longues minutes, juste pour savourer un moment qui n'arrive d'habitude jamais un mercredi
  • On mange
  • On a tendance à vouloir rester en pyjama toute la journée, mais on se dit que, quand même, ça fait grosse feignasse
  • On regarde Tout le monde veut prendre sa place parce qu'il n'y a pas grand chose d'autre à faire
  • On mange
  • On se dit qu'il faudrait faire un peu de ménage, mais on reste devant la télé
  • On surfe sur Internet et on regarde l'écran bêtement en se demandant quel site on pourrait bien consulter pour passer le temps
  • On mange
  • On hésite entre faire un tour dehors, histoire de sortir un peu, et ranger le bordel qui s'accumule chez soi depuis la rentrée scolaire
  • On décide finalement de reporter ces tâches au week-end
  • On mange
  • On fait une petite sieste
  • On regarde le best-of du Grand journal
  • On mange
  • On se rend compte qu'il est déjà 23 h 30 et qu'on a rien fait de cette p?#\ù@! de journée off

4 nov. 2009

Invincible

Je n'ai pas assez de mots pour décrire l'effet que procurent presque deux heures intimes avec Michael Jackson.

Je n'aime pas trop employer le mot bluffé. Je dirais donc que je suis stupéfait. Le problème, c'est que le mot stupéfait n'a pas une valeur assez élevée pour qualifier mon état d'esprit après ma séance de This is it. Je pourrais dire que je n'ai pas assez de mots pour décrire l'effet que procurent presque deux heures intimes avec Michael Jackson. Je pourrais me ranger derrière l'avis quasi unanime des journalistes ou derrière les dithyrambes exprimés par les spectateurs. Je ne suis pas vraiment capable de juger le film, son montage, son cadrage. Mais voir les répétitions d'un show qui s'annonçait exceptionnel, ça, j'ai adoré.

This is it montre ce que la majorité du public ne peut pas imaginer. Je ne parle pas des fanatiques de MJ, comme on l'appelle dans le film, mais bien des gens pour qui MJ est une star parmi d'autres, rien de plus. Pour certains, MJ est la plus grande star du monde, pour d'autres c'est un chanteur comme les autres, qui a juste eu de la chance d'avoir un succès incomparable. Or c'est faux. À le voir s'entraîner pour ses cinquante shows londoniens, il prouve que c'est un artiste avec un talent - notamment vocal - que même de grands admirateurs ne pouvaient subodorer, une humanité indéniable et un professionalisme inouï.

Je ne suis pas particulièrement fan de MJ. La preuve : ma chanson préférée de lui, c'est Heal the world - qui me ramène décidément à cette encombrante fatalité que je préfère toujours ce qui est mou - et éventuellement Black or white. Je n'aime pas vraiment Beat it, ni Billie Jean et encore moins Thriller. Je suis même incapable de fredonner Smooth criminal, ni Earth song, ni The girl is mine. Bref, MJ avait énormément de secrets pour moi et j'avais assez peur de m'ennuyer pendant ce long documentaire. Il m'a fallu une vingtaine de minutes pour être happé par l'ambiance, et après... je n'ai pas vu le temps passer.

MJ répète, en compagnie de ses danseurs, de ses musiciens et des techniciens, toutes les chansons du spectacle, une par une. Il sait quel pas danser à tel moment précis de sa chanson. Il sait quelle note le choeur devra chanter à tel moment du refrain. Il sait quelle lumière devra être projetée à tel moment du show. Il sait quel regard la jeune femme qui chante en duo avec lui devra lancer au public.


Le chanteur et danseur américain Michael Jackson, ici en 1993.

Le chanteur et danseur américain Michael Jackson, ici en 1993.

MJ est habité par la musique, à un degré inimaginable, toujours en mouvement, limite en transe. Le final de Beat it est majestueux. Le nouveau clip de They don't care about us est génial (extrait à la fin de cette chronique). C'est un artiste d'un professionalisme irréprochable, à qui il manque peut-être, certes, une légère touche d'humour et de convivialité entre lui et son équipe, hormis un ou deux passages. Son énergie est incroyable : il est même plus dynamique que ses danseurs de vingt ans, qui, au passage, ne doivent pas en revenir d'avoir partagé ces quasi-concerts privés avec lui. En fait, il est tellement fascinant que l'on reste scotché devant le grand écran, presque fier de partager ces moments privilégiés à le regarder répéter. On lui pardonne même ses errances vestimentaires : son pantalon orange et ses cuisses dramatiquement fines, son bas de jogging doré à paillettes brillantes et sa veste à épaulettes pointues.

Finalement, le seul défaut que je trouve à This is it, c'est de ne pas laisser le droit d'entendre Heal the world en live (sauf un peu, à la fin, si on reste jusqu'à l'arrêt du générique, ce qui vaut toujours le coup), ni You are not alone. À part ça, le reste est assez génial.

2 nov. 2009

Une à une les gouttes d'eau me dégoulinent dans le dos

Beaucoup de chansons se distinguent par leur qualité mélodique et parolique. Malheureusement, toutes n’ont pas l’indéfinissable chance de figurer dans le tant convoité Top Ten. Voici les dix meilleures chansons rhumanesques du moment…

N°10 – M (Hey hey hey) – Najoua Belyzel – Après un hommage à Marie Laforêt, la chanteuse s’apprête à sortir son nouvel album avec un morceau hommage à Mylène Farmer. Quand une chanteuse qui abuse des fins de phrases tragiques écrit un hymne à la gloire d’une chanteuse qui abuse des aigus, ça donne une chanson correcte dont les couplets sont meilleurs que les refrains.

N°9 – Mama do (Uh oh, uh oh) – Pixie Lott – Une mélodie efficace, un refrain qui ne veut rien dire, une vague ressemblance avec Duffy et le tour est joué. Cette chanson fraîche, à défaut de marquer les annales, marquera ce Top Ten.

The clip is there.

N°8 – Belle à en crever – Olivia Ruiz – Comme Superbus ou Gérald de Palmas, Olivia Ruiz me plaît une fois sur deux. Là, c’est la fois sur deux où j’aime bien. Sa voix nasillarde est quelque peu en retrait, le couplet est mutin et le Je suis là lasse de t’effleurer du refrain est sympathique.

Regardez le clip.

N°7 – Sans dire un motEmmanuel Moire Je ne me lasse pas de cette ballade des plus cul-cul. (Je dois confesser que je ne sais absolument pas comment accorder cul-cul. L’écrire culs-culs selon la règle du pluriel des mots composés de deux noms communs ne m’emballe guère. Peut-être aurais-je du opter pour l’orthographe en un seul mot, cucul, mais de toute façon, maintenant c’est trop tard, j’ai bien trop écrit pour ne rien dire.)

N°6 – You don’t know – Milow – Comme avec sa reprise de Ayo technology, Milow prouve qu’il sait manier le rythme étonnamment bien. Cette chanson est dynamique, agréable et donne envie d’acheter des grosses lunettes à monture noire pour rien, juste par plaisir.

Clic here to watch the clip.

N°5 – PaparazziLady Gaga Les derniers extraits de l’album The fame (avec notamment Bad romance ou Eh eh (Nothing else I can say) sont meilleurs que les premiers). Sa participation à Taratata étant tout simplement étonnante, sa place dans ce Top Ten est méritée.

What a video-clip !

N°4 – J’y crois encoreYcare Tout comme Alison, cette chanson est d’une grande qualité, un peu triste mais gorgée d’espoir. Ycare montre tout son talent avec son album qui mériterait d’être un peu plus joué en radio. Et puis, une chanson qui s’intitule J’y crois encore ne peut, a priori, pas être mauvaise.

Entraîne-toi à N'oubliez pas les paroles !

N°3 – Où je vais – Amel Bent – Le retour d’Amel sera certainement gagnant. Elle n’est pas aussi has been que l’était Tina Arena au moment de la sortie de Aimer jusqu’à l’impossible. Où je vais devrait donc être un succès. Le clip est improbable, Amel étant assez peu crédible en adolescente de douze ans, tout comme l'est la jeune femme jouant sa mère, à peine plus âgée qu’elle, mais peu importe, la chanson est bonne.

Le clip est ici.

N°2 – Haven’t met you yet – Michael Bublé – Dans la lignée direct de la pop anglaise de la fin des années 90, entre Boyzone et Westlife, cette chanson est parfaite. Déshydratante, subtile et entrainante, Haven’t met you yet a l’étoffe d’un numéro 1. Elle tombe malheureusement pile au même moment qu’une chanson qu’il est impossible de ne pas classer sur la plus haute marche du podium…

N°1 – RainMika Epoustouflante de génie, voilà ce qu’est Rain, qui est, musicalement, la suite logique de Relax, Take it easy. Le tempo est très bien maîtrisé, l’air se grave à la première écoute et les aigus de Mika sont jouissifs. La chanson devrait être lassante à la longue, mais elle mérite amplement la première place de ce Top Ten de novembre.

Le clip est .

27 oct. 2009

Ils ont marqué la chanson française (13) - Saki

Alors que la nouvelle chanson de Nolwenn Leroy est sympathique mais sans plus, rien de tel que de se tourner vers les tubes, les vrais, ceux des années 1980. C'est un peu l'objet de l'émission de ce soir, en hommage aux 25 ans du Top 50. Parce que le Top 50 a été créé en 1984, il y a donc toupil 25 ans.

Oui mais voilà. La chanteuse ici présentée n'est pas vraiment une figure emblématique du Top 50. Elle n'y a figuré qu'une ou deux fois, la nulle. Et en plus, dans ses abysses. Il y a donc assez peu de chances d'apercevoir Marc Toesca lancer Saki et son pourtant merveilleux Attends, Attends, ce soir sur France 2. Peter, Sloane, François Feldman, Début de soirée, oui. Saki, non.

En 1987, Saki, poussée par sa maman assoiffée de gloire infinie pour sa fille de douze ans à peine, sort un disque au titre plein de retenue, Attends, Attends. Parce qu'à l'époque, avant de fréquenter la grande Karen Chéryl, sur le déclin, dans une sitcom de TF1, Saki était une frèle adolescente prude. Mais à l'époque aussi, Saki s'acoquine avec un belâtre en pleine mue d'au moins six mois son aîné. Attention, quand j'écris s'acoquine, l'action est bien en-deça de la juste définition de l'adjectif coquin. Seulement des bisous, des regards chafouins et pis c'est tout. Sa deuxième chanson, qui ne recevra pas le succès escompté non plus, Allo baby, est vaguement un peu plus mature, mais du coup beaucoup moins intéressante. Attends, Attends se situe à la charnière de l'intellectuel et du charnel. Car là est tout le sel de cette chanson d'adolescence... Faut-il, faut-il pas ?... Nolwenn Leroy n'a finalement rien inventé.

Saki aurait pu être Elsa, Vanessa ou Priscilla, mais elle n'a pas eu la chance d'avoir un prénom qui se termine en a (et finalement heureusement, parce que Saka, c'est moche). Du coup, elle n'a pas eu le succès que méritait la formidable chanson Attends, Attends. Je t'invite, cher lecteur, chère lectrice, à l'écouter avec du plaisir.

[Précédemment dans Ils ont marqué la chanson française : François Feldman, Ophélie Winter, Claude Nougaro, Bill Baxter, Nicole Croisille, Vincent Delerm, Alliage, Les Minikeums, Alice Dona, Gérard Palaprat, Arielle Dombasle, Céline Dion]

24 oct. 2009

Au fait, tu savais que j'étais mort ?

J’aurais pu mourir le 25 août dernier. Il semble que je n’ai absolument rien écrit sur Le Post depuis cette chronique-là. J’aurais pu me noyer dans le Rhône le temps d’une baignade interdite ou sauter par la fenêtre dans un excès de folie téléphonique. Or, rien ne changeant sur la page d’accueil, le quidam infidèle que tu es, lecteur, lectrice, n’aurait jamais pu imaginer ma mort. Tu aurais pu écrire un commentaire humiliant mes écrits, moquant mes points de vue, critiquant mon esprit, croyant faire de l’humour, ne sachant pas mon éventuelle nouvelle situation six pieds sous terre.

Lorsque Michael Jackson meurt, son nom est sur toutes les lèvres. Avant même l’annonce officielle de sa mort, les plus sérieuses chaînes d’information sont aux aguets d’une éventuelle confirmation. Le quelconque petit lutin réveillé par son radio-réveil le 25 juin 2009 connaît dès potron-minet le tragique destin de la plus grande star du monde. Il est mort. Les répétitions de son concert-retour-événement-qui-n’aura-jamais-lieu sont portées à l’écran. Le chanteur-danseur sera omniprésent sur la scène médiatique durant de nombreux mois. Impossible de passer à côté de sa disparition.

Deux poids deux mesures.

Lorsque Filip Nikolic des 2 Be 3 meurt, point d’édition spéciale sur les chaînes d’information. Internet relaie la nouvelle. Sa disparition fera l’objet de 20 secondes en fin du journal de 20 heures de TF1 et de France 2 et une petite brève dans les quotidiens du 17 septembre 2009. L’indifférence des médias poussera le vice jusqu’à écorcher son « Nikolitch » en vulgaire « Nikolique », quand ce ne seront pas des plaisanteries déplacées sur le supposé manque de prestige de sa carrière. On peut aisément faire le même raisonnement intellectuel à propos de la mort d’un Patrick Swayze, voire, et c’est dans une mesure encore plus cruelle, d’un René Morizur des Musclés. Il n’empêche que dans le cœur d’un garçon de mon âge, Filip Nikolic tient – au moins – la même place que Michael Jackson. Parce que les 2 Be 3 font partie de mon Top 5 des artistes de référence qui m’ont accompagné dans la vie.

Trois poids trois mesures.

Et puis il y a les autres. Les autres gens qui meurent dans l’indifférence générale. Parlons de moi, une fois n’est pas coutume. Je pense régulièrement à ce jour où je mourrai. Peut-être arrivera-t-il plus vite que prévu. Et dans ce cas-là, qui pourra t’indiquer, lecteur, lectrice, que je suis parti ? Personne. Tu attendras une nouvelle chronique, jour après jour, qui ne viendra jamais. Il est possible que tu attendes une semaine, un mois, un trimestre. Puis tu te lasseras, et tu oublieras Rhum Raisin. Puis quand tu y repenseras, dans un flash mémoriel inconscient qui surviendra étonnamment lorsque tu apprendras, à la radio, la mort de Lara Fabian, en 2052, tu te diras sûrement Quel connard, au fait, ce Rhum Raisin, il n’a jamais dit au revoir, il n’a jamais laissé signe de vie. Et pour cause.

Je profite donc de ma mort qui aurait très bien pu se produire, déjà, dans ma jeune vie pour instaurer un code entre toi et moi, lecteur, lectrice. Si je suis vivant, que je n’écris rien pendant de longs jours et que je n’ai pas fait mes adieux publiquement, je m’engage à donner un signe de vie le jour de mon anniversaire. Evidemment, si ma dernière chronique date du premier février, il va falloir vivre dans le terrible doute pendant un an, en attendant patiemment le signe de vie qui te fera plaisir. (Bon, en vrai, il existe d’autres moyens pour connaître mon état de vie; me contacter, par exemple). Si rien n’est publié ce jour-là, tu pourras alors en déduire la sinistre vérité.